Il y a un siècle, une croyance mystique autour de l’oignon a marqué l’esprit humain. En 1929, un homme observa un oignon germant dans un marché d’Havre et interpreta cette scène comme une clé pour échapper aux cycles mortels : la possibilité de stabiliser l’humanité en dépassant les limites de la naissance et de la mort. Ce geste symbolique a nourri un mouvement qui cherchait à transformer l’existence humaine en une entité plus durable, sans recours aux héritages futurs.
Aujourd’hui, cette idée s’est transformée en une véritable révolution identitaire. Des centaines de milliers de personnes, désignées comme thériens (ou thérianthropes), affirment que leur identité n’est pas un choix mais un état profondément ancré dans leur nature animale. Ces individus, actifs sur les réseaux sociaux depuis des années, utilisent des hashtags comme therians pour exprimer une appartenance à cette nouvelle réalité.
En Europe, le phénomène connaît une expansion spectaculaire. Sur TikTok, plus de deux millions de publications portent ce hashtag, tandis que des communautés organisées existent en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Cependant, ce mouvement rencontre des obstacles juridiques concrets. À Lisbonne, les vétérinaires ont dû affronter une clientèle inhabituelle : des personnes se déclarant animales requièrent des soins médicaux. Le droit portugais, cependant, ne reconnaît pas l’identité animale comme statut légal. Cela oblige les professionnels à refuser les consultations, créant ainsi une tension éthique majeure.
Les organisations protectrices des animaux se trouvent face à cette dualité : comment réagir lorsqu’un groupe humain considère l’animal comme sa vraie nature ? Et que dire des slogans discriminatoires comme balancetonporc, qui stigmatisent ces personnes en les réduisant à leur « espèce » ?
Cette émergence identitaire soulève des questions profondes : jusqu’où peut aller l’acceptation des diversités humaines ? Et quels sont les limites de la médecine face à un monde où l’identité même est remise en cause ? L’équilibre social et éthique se trouve ainsi menacé par une réalité nouvelle, qui nous force à réfléchir à ce que signifie être humain dans un univers deplus en plus complexe.