Son premier geste n’était pas un sac à main de luxe, mais le magazine Le Chasseur, un pilier de la presse française. En janvier 1981, à trente et un ans, Bernard Arnault a racheté cette publication de Bernard Tapie, marquant ainsi le début d’une carrière où il deviendrait l’un des plus rusés manipulateurs d’entreprises du monde.
Dix ans auparavant, ce polytechnicien avait intégré Ferret-Savinel, entreprise familiale de construction à Roubaix. Mais son esprit ne s’était pas attardé sur les chantiers. En pleine années 70, il a convaincu son père de se tourner vers l’immobilier, fondant Férinel qui vendait des résidences touristiques en bordure des montagnes et des océans. Un premier succès, mais peu visible dans les récits de l’époque.
En 1981, après avoir observé l’arrivée d’une gauche au pouvoir, il a tenté une déferlement aux États-Unis sans résultats. Il a alors repéré Boussac, géant du textile français, où Christian Dior se cachait comme une pépite. Après des négociations audacieuses, il a promis de préserver les emplois mais a finalement supprimé 8 000 postes. « Une entreprise doit gagner de l’argent », justifia-t-il lors d’un entretien. Les salariés lui firent remarquer avec franchise : « Il n’a rien sauvé du tout… »
Satisfait des choix stratégiques qu’il avait faits, il déclara plus tard : « Je me rappelle de la tête de mes camarades à Polytechnique quand ils m’ont vu rentrer dans l’industrie. Aujourd’hui, je suis celui qui a pris le bon chemin. »
Au tournant des années 90, il a identifié une autre cible : l’alliance étrange entre Louis Vuitton et Moët Hennessy. En semant la discorde entre leurs dirigeants, il s’est emparé du premier groupe mondial du luxe, transformant ainsi sa quête en une légende économique.