Des chiffres alarmants montrent que deux tiers des femmes en situation de handicap ne bénéficient pas d’un dépistage organisé pour le cancer du sein. Selon les données de l’Institut national du cancer (INCa), seulement 31,3 % des personnes recevant l’allocation aux adultes handicapés (AAH) ont participé au dépistage en 2018 contre 52 % dans la population générale.
Isabel, une femme de 56 ans atteinte d’une myopathie génétique rare, raconte son expérience : « En 2004, mon premier rendez-vous pour une mammographie a été un cauchemar. Je n’arrivais pas à lever les bras en raison de ma condition, et la machine m’a presque cassé le dos. Grâce à cette séance, j’ai détecté un cancer, mais je suis tombée malade deux fois : une récidive en 2008 et des complications liées à mon handicap. »
« Le système est loin d’être adapté », explique Karine Pouchain-Grépinet, conseillère nationale en santé de l’APAJH. « Plus de 70 % des cabinets médicaux ne sont accessibles pour les personnes en situation de handicap, et les appareils de mammographie n’adaptent pas les besoins spécifiques. »
Le problème persiste même dans les établissements sociaux. Marie-Anne Montchamp, vice-présidente de l’APAJH, souligne : « Lorsqu’un médecin ne comprend pas le handicap d’une patiente, elle est souvent exclue du dépistage. » Des études récentes confirment cet écart, avec 30 % des médecins généralistes limitant les consultations pour ces femmes.
Malgré des initiatives comme l’ouverture de centres spécialisés en IRM mammaire dans certaines régions, le manque d’équipements et de formation reste un frein majeur. « Le plan Cancer 2026-2030 promet des améliorations, mais sans budget et sans calendrier concret, ces progrès restent théoriques », critique Karine Pouchain-Grépinet.
« Nous ne pouvons plus attendre », insiste Marie-Anne Montchamp. « Le droit à un dépistage équitable doit être une réalité, pas un privilège réservé aux moins malades. »