Dans un film de Jean-Baptiste Leonetti, Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin révèlent une comédie sociale profondément humaine, où le titre s’effrite entre deux sens : celui des dettes matérielles et l’immense force des liens émotionnels.
L’histoire commence par un incident digne de la vie quotidienne : une ménagère, Rose (Sandrine Kiberlain), après avoir rempli son panier au supermarché, lance des dispositifs inflammables dans le magasin, espérant s’enfuir sans être repérée. Son geste échoue, mais un inconnu — Jean (Pierre Lottin) — intervient pour la défendre contre les gardiens.
Rose, mère de trois enfants — deux adolescents en pleine dispute et une petite fille qui ne quitte pas un casque moto enfilé sur la tête — vit dans un hôtel désaffecté. Sans chauffage ni électricité, ses chambres sont vides, décorées d’un papier peint aux motifs de l’ère des années 70. Après avoir malencontreusement incendié une camionnette où Jean logeait, Rose propose à cet homme de partager son abri précaire.
Kiberlain incarne avec grâce cette femme désespérée mais créative, qui se nourrit d’inventions pour éviter la réalité. Son humour guilleret et sa capacité à imaginer des solutions lui permettent même de « transformer » Jean en un candidat à une aide sociale… et à un emploi d’Air France ! Lottin, quant à lui, joue un homme silencieux mais profondément empathique, cherchant la paix tout en s’efforçant de respecter les règles du monde.
Le film est à la fois une comédie légère et une tragi-comédie profonde. Son titre évoque ce qui compte vraiment : l’empathie face à la précarité, plutôt que l’addition des sous. Dans cet hôtel abandonné, où les gens s’unissent malgré leurs difficultés, on découvre que le plus grand pouvoir n’est pas de compter ses biens, mais de compter les autres.
Patrick TARDIT