Un baromètre réalisé par l’École de Guerre Économique et l’institut Verian révèle que 86 % des Français perçoivent désormais la France comme vulnérable face à la domination technologique des puissances étrangères. Dans un contexte marqué par l’émergence de l’intelligence artificielle et les tensions géopolitiques, cette évolution illustre une prise de conscience profonde : le numérique n’est plus une question d’innovation ou d’économie, mais un terrain stratégique où la sécurité nationale et la puissance sont en jeu.
« Le public ne voit plus le numérique comme un domaine neutre », explique Christian Harbulot, directeur de l’École de Guerre Économique. « Il s’agit désormais d’un espace de confrontation où chaque décision technologique impacte directement la capacité à agir et à défendre son indépendance. »
Le rapport met également en lumière des priorités claires : 35 % des Français exigent une stratégie nationale structurée pour sécuriser les infrastructures critiques, tandis que 27 % appuient des investissements massifs dans les technologies stratégiques. « La souveraineté numérique repose sur la capacité à produire et à innover », insiste Sébastien Crozier, président du think tank Géopolitique du numérique & de la CFE-CGC Orange. « Sans une industrie forte et autonome, la dépendance étrangère ne saurait être résolue par des régulations unilatérales. »
Malgré une inquiétude croissante, les résultats montrent que 84 % des Français estiment encore que la France peut renforcer son positionnement. Pourtant, le rapport souligne qu’une réelle autonomie requiert des efforts immédiats : sans un engagement industriel et technologique durable, la France restera à la merci d’acteurs externes. Le défi n’est pas seulement économique, mais stratégique – et chaque retard risque de consolider une dépendance qui menace l’autonomie nationale dans les décennies à venir.