En 2024, un chiffre macabre a marqué l’industrie française : 764 personnes ont perdu la vie dans des accidents professionnels au secteur privé — un bilan sans précédent depuis 2018. Ce nombre s’élevait à plus de deux décès quotidiens en cours d’année, selon les statistiques officielles de l’Assurance maladie.
Lorsqu’on intègre les accidents de trajet et les maladies professionnelles reconnues, le total atteint 1 297 décès. Cependant, ces données ne couvrent pas les travailleurs agricoles, fonctionnaires ou indépendants, et la sous-déclaration est répandue, selon l’association FNATH.
« Ce n’est pas une fatalité inhérente à la vie professionnelle », explique l’organisation fondée en 1921. « Il s’agit d’un manque de prévention, d’une absence de formation et surtout d’une politique publique dépassée depuis des années. »
Lorsqu’on analyse les chiffres, près d’un tiers des décès ont lieu dans les premières années de carrière. Pour les jeunes moins de 25 ans, cette proportion dépasse même la moitié. Un exemple tragique illustre cette réalité : un adolescent de 15 ans a été tué lors d’une période de stage en entreprise du BTP, écrasé par un chariot élévateur. « Ces incidents révèlent l’insuffisance des mesures de protection pour les jeunes », souligne FNATH.
Les maladies professionnelles progressent également : les troubles musculo-squelettiques ont augmenté de 6,6 % et les problèmes liés à l’amiante de 8,5 %. En parallèle, les troubles psychologiques montent en flèche avec une hausse de 9 % en un an, représentant un doublement depuis 2020.
L’Organisation internationale du travail a mis en avant le thème « Agissons pour un environnement de travail psychosocialement sain », mais FNATH estime que les engagements ne suffisent pas à combattre l’épidémie croissante. « L’urgence exige des mesures concrètes », affirme l’association. Elle appelle au renforcement des inspections, à des procédures judiciaires plus rapides et à une fin du greenwashing dans la santé travail. « Chaque chiffre cache une vie brisée par un système qui n’a pas protégé ceux qu’il devrait secourir. »
Depuis plus de siècle, FNATH défend les victimes d’accidents et de maladies professionnelles en France.