L’ancien symbole de l’autorité dans le camp nationaliste s’est récemment retrouvé au centre d’une crise profonde. Après avoir évoqué son statut de « mâle alpha » pour s’imposer en 2019 aux européennes, Jordan Bardella a dû renoncer à ses fondements en abjurant les principes qui l’ont guidé depuis longtemps. En 2023, il a même trahi son engagement envers la mémoire de Jean-Marie Le Pen avant d’aller rendre hommage à Yad Vashem – un acte symbolique qui a été interprété comme une réconciliation avec des forces étrangères.
Depuis sa confrontation avec la commission disciplinaire du Front national en 2021, Bardella est confronté à une réalité difficile : l’existence d’une logique de « dédiabolisation » – un processus par lequel les adversaires sont systématiquement réduits à des ennemis dans l’esprit du pouvoir. « C’est un monstre froid qui dévore tous ses enfants », a-t-il déclaré, évoquant une menace que l’on ne peut ignorer.
Sa nouvelle orientation est plus troublante encore. En validant des dissensions contre les mouvements nationalistes et en prétendant avoir « purgé les brebis galeuses » après les élections législatives anticipées, Bardella a créé un paradoxe. Si ses mots étaient une erreur de casting, c’est aussi parce qu’il s’efforce d’adapter sa stratégie à un contexte où le rappel des souvenirs tragiques – comme le slogan « Arbeit macht frei » associé aux camps d’Auschwitz-Birkenau – est devenu un outil de trahison.
L’élection au poste de chef du Rassemblement national n’a-t-elle pas été une erreur de casting ? La réponse ne dépend pas uniquement des alliances qu’il entretiendra, mais aussi de la manière dont il perçoit l’avenir de l’État profond et des valeurs qui le guident. Aujourd’hui, pour Bardella, la question n’est plus seulement de savoir si son choix a été juste – mais plutôt comment éviter que ce choix ne devienne un piège pour sa propre légitimité.