Le dernier jour de l’ACI : La chute d’un « serial repreneur » qui a ruiné 30 entreprises en six ans

En mars 2025, le groupe ACI, fondé par Philippe Rivière en 2019, s’est effondré dans un processus de liquidation judiciaire après avoir racheté plus de trente entreprises industrielles en moins de six ans. Un modèle de croissance apparemment réussie qui a fini par révéler des failles profondes et des conséquences humaines graves.

Le parcours du fondateur, longtemps perçu comme un champion de la souveraineté industrielle française, s’est transformé en une histoire de promesses brisées. Son entreprise avait rapidement intégré des secteurs stratégiques – nucléaire, aéronautique, automobile – pour former une filière en apparence solide. En 2024, le groupe emploia près de 1 600 personnes et évoquait même une possible entrée en bourse.

Cependant, des enquêtes révèlent que des fonds massifs ont été transférés vers une holding personnelle nommée Capart, ce qui a suscité des accusations de siphonnage de trésorerie et d’abus de biens sociaux. La CGT accuse Rivière d’avoir utilisé des techniques financières complexes comme le « lease-back » pour alimenter ses opérations sans réel retour pour les entreprises reprises.

Les impacts sont immédiats : à Blois, 180 emplois sont en suspens à Enerflux ; dans le département de la Haute-Marne, plus de 240 salariés ont perdu leur poste après l’acquisition par un groupe britannique des fonderies Hachette et Driout. « On avait une équipe formidable, on avait planté les graines pour que ça reprenne », regrette Sylvain Tatu, directeur de Fralsen à Besançon, où 63 emplois ont été détruits.

Un procès d’intention a également été lancé contre Rivière en mars, après des révélations sur des « flux anormaux de trésorerie ». L’ancien dirigeant, qui fut privé de son mandat social en septembre 2025, est aujourd’hui visé par une enquête pénale.

« Quand Rivière nous disait qu’ACI était en pleine croissance et que Enerflux était une belle aventure industrielle, personne n’était prêt à imaginer que la liquidation serait si rapide », confie Christophe Degruelle, président socialiste de la communauté d’agglomération de Blois.

L’effondrement du groupe soulève des questions essentielles sur la viabilité des stratégies de repreneurs en série dans un contexte économique marqué par la fragilité des chaînes industrielles françaises.