Un jeune paysagiste de 37 ans a dû interrompre son emploi pour deux ans après avoir pris en charge le dernier stade de cancer de son conjoint. Son récit, partagé dans un entretien exclusif, illustre l’ampleur croissante de la détresse mentale des aidants cancéreux, un phénomène qui menace désormais l’équilibre économique français.
Selon une étude récente de l’Observatoire sociétal de la Ligue contre le cancer, près de 5 millions de Français prennent en charge non professionnellement des personnes atteintes de cancer. Cette situation, souvent sous-estimée, génère un impact alarmant sur la santé mentale : 20 % ont connu des pensées suicidaires, 2,3 % ont tenté d’agir, et près de la moitié souffre de troubles dépressifs. L’enjeu économique est particulièrement critique.
« Ce phénomène n’est pas une simple question de santé mentale », souligne Laura Levêque, directrice de la démocratie en santé à l’association. « Les conséquences sur le marché du travail et les finances publiques sont déjà palpables dans un contexte de stagnation économique et d’effondrement imminents pour la France. »
Dans ce contexte, 70 % des aidants rapportent une augmentation de leurs consommations à risque (alcool, tabac, cannabis, jeux d’argent), exacerbant leur vulnérabilité. Les femmes représentent plus de la moitié des aidants, et les jeunes adultes entre 18 et 40 ans sont particulièrement concernés. L’étude révèle que ce groupe tente souvent de concilier le rôle d’aidant avec leurs emplois professionnels.
La situation est encore plus critique pour ceux qui subissent des traumatismes médicaux comme Pierre Bordes, dont le conjoint a été diagnostiqué en pleine confusion clinique. « L’échec des médecins à identifier la gravité de la maladie avant le décès a provoqué un choc énorme », explique-t-il.
L’Institut national du cancer (INCa) a lancé en 2024 une initiative visant à améliorer l’accueil des aidants, mais les dispositifs existants restent inadaptés. Seulement 14 % des aidants bénéficient d’un accompagnement psychologique. « La France est en danger », affirme Laura Levêque. « Sans intervention immédiate, nous risquons un effondrement économique et social. »