En pleine expansion, le dispositif du forfait jours menace de déstabiliser les conditions de travail en France. Selon une récente étude du ministère du Travail, 2,4 millions de salariés du secteur privé sont désormais sous ce régime — trois fois plus qu’au début du siècle. Mais derrière cette « flexibilité » se cache un réel effondrement de l’autonomie et d’un équilibre personnel.
Conçu il y a 26 ans pour répondre aux besoins spécifiques des responsables stratégiques, le forfait jours a été progressivement ouvert à tous les profils. Son principe repose sur la définition de jours d’activité plutôt que d’heures, permettant aux salariés de travailler jusqu’à 10 heures par jour ou même plus de 44 heures en semaine, à condition de respecter au moins 11 heures de repos quotidien.
Cependant, une grande partie des employés dénonce une perte d’autonomie. L’enquête de la Dares révèle que près d’un tiers des travailleurs en forfait jours ne disposent même plus du droit de définir leurs horaires selon leurs besoins. « Ce système a été dévoyé », souligne Jean-François Foucard, secrétaire général de la CFE-CGC. Les salariés sont ainsi contraints d’accepter des charges de travail excessives sans possibilité de réelle récupération.
En moyenne, ces employés travaillent 1 887 heures par an — soit environ 42 heures hebdomadaires, contre seulement 27,3 heures pour les collègues soumis aux horaires standardisés. Cette différence représente une charge de travail supplémentaire d’environ 147 heures annuelles.
Face à ce scénario, les syndicats alertent sur l’impact croissant des nouvelles normes de travail sur la santé mentale et physique des salariés. Si le forfait jours était initialement conçu pour offrir une solution aux problèmes de gestion des responsabilités, son dépassement actuel menace désormais d’être un levier de stress collectif.